« Gagner la guerre avant la guerre » : ainsi a conclu le Général Pierre Schill, Chef d’Etat-Major de l’Armée de terre, lors de son discours récent à l’Institut des Sciences Morales et Politiques. Alors que l’Europe se retrouve à la croisée des chemins, l’Armée française, en vigilance constante, se prépare à faire face à une montée des tensions géopolitiques. Entre dissuasion, soft power et une nouvelle course à l’armement, la France s’affirme comme un acteur essentiel sur la scène internationale, déterminée à garantir sa sécurité et celle de ses alliés dans un contexte de rivalités renouvelées.

Une armée sur le qui-vive

La guerre frappe aux portes de l’Europe. L’Armée française est en proie aux incertitudes et redoute une escalade des tensions, proche du continent européen, qui impliquerait l’engagement des puissances militaires mondiales. Depuis 2022, le Général Schill souligne l’augmentation des exercices préparant à un éventuel « conflit de haute intensité » touchant le pays. Au début de 2023, près de 12 000 soldats ont ainsi été mobilisés pour un exercice d’envergure, baptisé Orion.

L’enjeu pour la France est clair : remporter la guerre avant-même que celle-ci ne débute, comme l’a régulièrement souligné Emmanuel Macron  « La dissuasion nucléaire fait partie de notre histoire. Elle nous permet de préserver notre liberté d’action et d’éviter la guerre. […] La France a désormais une responsabilité particulière pour la sécurité européenne, et notre force de dissuasion renforce cette autonomie stratégique. » 

« Dissuader est très important« , a déclaré le Général Schill. « Cela permet de mettre en garde un ennemi potentiel, en le menaçant d’une réponse sévère en cas de lancement des hostilités. […] Il n’est désormais plus impossible, que ce soir la situation internationale puisse chavirer et entraîner avec elle, un remodelage d’urgence de la politique gouvernementale pour défendre les français. Nous devons impérativement répondre présent dans un conflit d’ampleur mondiale. » Savoir dissuader, c’est non seulement garantir la sécurité nationale, mais aussi affirmer la capacité de l’État à réagir avec force et rapidité sur la scène internationale, face à une montée des tensions géopolitiques.

Une réaffirmation par l’effort

Bien que l’Etat semble empêtré dans un marécage décisionnel pour le vote du budget 2025, l’Armée semble être un mur porteur accordant toutes les parties. Le gouvernement a prévu d’injecter 413 milliards d’euros dans la Défense (68 milliards par an) sur la période 2024-2030. Ce budget traduit une hausse de 3 milliards d’euros vis-à-vis des précédents programmes de finances de l’armée. L’objectif est sans équivoque : améliorer les technologies militaires et accroître les revenus des exportations internationales. 

Le 16 septembre 2024, le Général Schill a, par ailleurs, rappelé que ce budget  s’intègre dans une dynamique de croissance des exportations à l’échelle internationale. Paris a vu croître  ses exportations d’armement de 47% au cours de la période 2019-2023. Deuxième exportateur mondial, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la France témoigne ainsi d’un soft power proportionnel à une reconnaissance croissante sur la scène internationale.

Si l’augmentation du budget vise à développer des technologies militaires de pointe, elle reflète également la volonté de la France de s’affirmer comme un allié fiable au sein de l’Union Européenne et sur la scène internationale. L’armée française prévoit notamment de renforcer son soutien à l’Ukraine, en participant à la construction de lignes ferroviaires vers l’Est, permettant le transport de matériel militaire et de troupes vers les zones de conflit.

Renforcer les effectifs : l’ambition de l’armée française

Pour attirer de nouveaux talents, l’armée française multiplie les campagnes de sensibilisation, en particulier auprès des jeunes. Celles-ci visent à renouveler l’image de l’armée en la présentant comme un acteur moderne et essentiel à la sécurité nationale et internationale. La Défense mise sur des programmes de formation diversifiés, offre des perspectives de carrière élargies dans des domaines comme le cyber, la logistique et la technologie avancée, attirant ainsi un public jeune et qualifié. Ces initiatives permettent de répondre à la fois aux exigences modernes de la défense et aux aspirations professionnelles des jeunes générations.

Avec ses 270 000 militaires, la France reste loin derrière des puissances comme la Chine (2 millions de soldats) et les États-Unis (1,39 million de militaires). Néanmoins, elle vise à se rapprocher du niveau de certains alliés européens et à consolider sa position en tant que force de dissuasion majeure. L’augmentation des effectifs ne repose pas uniquement sur le nombre, mais aussi sur la qualité des formations et le développement de compétences spécialisées, notamment dans la gestion des conflits modernes. Cette montée en puissance qualitative de l’armée française s’inscrit dans une stratégie globale pour gagner en crédibilité sur la scène internationale et au sein des coalitions alliées.

Parallèlement au renforcement des effectifs, la France mise sur l’innovation technologique et la coopération européenne pour optimiser ses capacités de défense. Avec des investissements conséquents dans le domaine du cyber et de la robotique, elle souhaite moderniser ses infrastructures militaires. En outre, l’armée française développe des partenariats avec des pays européens pour créer une défense commune, notamment à travers des projets tels que l’Eurodrone et le système de combat aérien du futur (SCAF). Ce renforcement stratégique permet à la France de maintenir sa position d’acteur influent dans les alliances internationales, tout en optimisant la réactivité de ses forces armées.

La France entre deux blocs

Dissuasion, soft power, course à l’armement : l’heure de la Guerre Froide sonne de nouveau, marquant une possible escalade vers un conflit mondial. Dans ce contexte épineux, la France, détentrice de la 7ème plus grande armée mondiale, se positionne comme un acteur crédible, bien que moins imposant que des géants comme les Etats-Unis, la Chine ou l’Inde. Sa stratégie repose sur une influence diplomatique et militaire significative soutenue par des alliances stratégiques et un arsenal moderne. Cela lui permet de peser dans les équilibres de pouvoir sans être au centre des rivalités principales. 

Redevenue brûlante au cours du dernier siècle, la concurrence scelle de nouvelles alliances entre les Etats. Par exemple, entre 2013 et 2022, les Emirats Arabes Unis se sont révélés être les plus gros acheteurs de d’armement français avec des dépenses cumulées de 21,5 milliards d’euros ; une dynamique qui montre que, malgré son statut de puissance intermédiaire, la France réussit à établir des partenariats stratégiques qui renforcent sa crédibilité et son influence. Parallèlement, les conflits géopolitiques en Europe de l’Est  et au Proche-Orient redessinent les anciens blocs. Les vestiges de la RDA semblent renaître sous l’égide de la Russie, soutenue officieusement  par la Chine et appuyant l’Iran. En revanche, la RFA connaît une renaissance, avec les Etats-Unis qui soutiennent Israël et dynamisent l’OTAN.

Bien que la France s’aligne avec l’hégémonie américaine en apportant son soutien aux soldats ukrainiens et en condamnant les actions de Vladimir Poutine, elle privilégie néanmoins des approches pacifiques pour résoudre les tensions internationales. Ce double engagement reflète ainsi la complexité de la stratégie française, qui vise à maintenir un équilibre entre puissance militaire et diplomatie, tout en contribuant à la stabilité régionale.  Sur le qui-vive, l’Armée française se trouve dans une attente perpétuelle, oscillant entre l’action d’aujourd’hui et celle de demain. Si la chute du mur de Berlin a marqué  la fin de la Guerre Froide, il semble aujourd’hui que les braises, jadis refroidies, soient de nouveau ravivées.

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